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Une Marche de la Mort.

Voici le témoignage de Serge Smulevic sur les Marches de la Mort :

La Marche de la Mort ?

Je ne trouve pas cette appellation très bonne et elle ne donne pas une idée exacte de ce qu’était la réalité d’une marche de la mort. Parce que ce n’était vraiment pas une marche.

Mais on n’avait pas trouvé d’autre appellation.

J’appellerais plutôt ce supplice

« LA REPTATION DE LA MORT »

Je vais t’expliquer.

Imagine-toi, vu du ciel, un gigantesque mollusque sortant de Monowitz ( Auschwitz III) le 18 janvier 1945, et mesurant environ six mètres de large sur près de mille cinq cents mètres de long.

Il fait très froid et une neige très fine tombe depuis des heures.

La nuit a déjà entamé son cycle.

Le gigantesque mollusque est formé d’anneaux bleus et blancs. Il est entouré de part et d’autre par des petites bêtes vertes, appelées SS, qui se déplacent sur le même rythme que lui et qui surveillent les neuf mille anneaux.

Il règne un silence mystérieux et angoissant.

On entend à peine le bruit feutré des pattes du mollusque dans la neige.

Le mollusque commence à ondoyer le long de la route, au fil des kilomètres et avance de plus en plus lentement.

Puis des anneaux du mollusque commencent à se détacher, tombent dans la neige, et sont immédiatement dévorés par les petites bêtes vertes, après un coup de feu, et l’on voit aussitôt une tache rouge se former sur la neige blanche immaculée.

Et les heures passent.

L’énorme mollusque va de moins en moins vite, et les anneaux se détachent de plus en plus nombreux.

Le mollusque devient une espèce de magma à la forme indéfinissable.

Puis le mollusque arrive enfin à destination, et s’écroule épuisé par sa longue reptation. Les anneaux tombent épars dans la rue d’un petit village appelé Gleiwitz.

Certains tombent dans la neige, les autres sont enfermés dans des habitations où ils s’endorment aussitôt.

Le lendemain, ce qui reste du mollusque est embarqué dans les wagons découverts d’un train qui prend son départ, sous une neige de plus en plus abondante.

Pourquoi voyager dans des wagons fermés, en plein hiver, quand on peut s’offrir le luxe d’un voyage à ciel ouvert et profiter du froid glacial et de la neige abondante qui tombe sans arrêt ?


C’était ça, qu’on appelait « marche de la mort »

Serge Smulevic – 23 décembre 2008.


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