Je ne trouve pas cette appellation très
bonne
et elle ne
donne pas une idée exacte de ce
qu’était la réalité
d’une marche de la mort. Parce que ce
n’était vraiment pas
une marche.
Mais on n’avait pas trouvé
d’autre appellation.
J’appellerais plutôt ce supplice
« LA REPTATION DE LA
MORT »
Je vais t’expliquer.
Imagine-toi, vu du ciel, un gigantesque mollusque
sortant de
Monowitz ( Auschwitz III) le 18 janvier 1945, et mesurant environ six
mètres de large sur près de mille cinq cents
mètres
de long.
Il fait très froid et une neige
très fine tombe
depuis des heures.
La nuit a déjà entamé
son cycle.
Le gigantesque mollusque est formé
d’anneaux bleus et
blancs. Il est entouré de part et d’autre par des
petites
bêtes vertes, appelées SS, qui se
déplacent sur
le même rythme que lui et qui surveillent les neuf mille
anneaux.
Il règne un silence mystérieux
et
angoissant.
On entend à peine le bruit
feutré
des pattes du
mollusque dans la neige.
Le mollusque commence à ondoyer le long de
la
route, au
fil des kilomètres et avance de plus en plus lentement.
Puis des anneaux du mollusque commencent à
se
détacher,
tombent dans la neige, et sont immédiatement
dévorés
par les petites bêtes vertes, après un coup de
feu, et
l’on voit aussitôt une tache rouge se former sur la
neige
blanche immaculée.
Et les heures passent.
L’énorme mollusque va de moins en
moins vite, et les
anneaux se détachent de plus en plus nombreux.
Le mollusque devient une espèce de magma
à la forme
indéfinissable.
Puis le mollusque arrive enfin à
destination,
et s’écroule
épuisé par sa longue reptation. Les anneaux
tombent
épars dans la rue d’un petit village
appelé Gleiwitz.
Certains tombent dans la neige, les autres sont
enfermés
dans des habitations où ils s’endorment
aussitôt.
Le lendemain, ce qui reste du mollusque est
embarqué dans
les wagons découverts d’un train qui prend son
départ,
sous une neige de plus en plus abondante.
Pourquoi voyager dans des wagons fermés, en
plein hiver,
quand on peut s’offrir le luxe d’un voyage
à ciel ouvert
et profiter du froid glacial et de la neige abondante qui
tombe sans arrêt ?
C’était ça,
qu’on appelait « marche
de la mort »
Serge
Smulevic – 23
décembre 2008.