Est-ce que personne n'a protesté contre les arrestations de Juifs ?


« Bonjour je m'appelle Marjorie, j'ai 18 ans,  je suis en 2ème année de CAP coiffure et j'aimerai savoir comment tout ces gens ont été déportés sans que personne ne proteste ?

Merci d'avance, MARJORIE »


« Je m'appelle Eloïse A. et je suis en terminale STT. Je constate qu'il y a une montée du nazisme actuellement, mais de tels horreurs pourraient elles se reproduire ? Un autre fou comme Hitler pourrait recommencer les camps de concentration et d'extermination sans que personne ne dise rien ?

Et pourquoi les gens à côté des camps n'ont rien dit, pourquoi la police française a-t-elle mis tous ces enfants dans des trains ? Personne ne s'est opposé à ça ? »




Chère Marjorie, chère Eloïse

Merci de votre question qui montre que vous prenez conscience de l'importance d'être des citoyennes vigilantes à ce qui se passe autour de vous.

D'abord, on ne peut pas tout à fait dire qu'il n'y a pas eu de protestations.

De simples passants, des voisins... ont protesté lors des arrestations. Je peux vous raconter ce qui s'est passé dans ma ville, à Soissons, en juillet 1942 : les policiers français sont venus arrêter une famille dans la rue Saint-Quentin, la famille Wajsfelner, tôt, le matin. La boulangère, Mme Salvage, qui connaissait bien les Wajsfelner, est sortie de sa boutique et s'est mise à protester auprès des agents. Les policiers lui ont dit de se tenir tranquille sinon on l'embarquait, elle aussi. Ce qu'elle a pu faire, c'est de rentrer dans sa boulangerie et de saisir rapidement trois grosses boules de pain et de les donner à ceux qui venaient d'être arrêtés.

Dans une carte postale envoyée de Drancy, les Wajsfelner la remercient de ce geste : la voici :
Carte envoyée de Drancy, recto
Carte envoyée de Drancy, verso

" Drancy, le 28-7-42

Mme Salvage

Je vous remercie très infiniment de tous ceux que vous nous avez donné le jour de notre départ. Nous avons été très touché et je vous remercie encore une fois. Demain matin nous partons, papa, maman, et moi vers une destination inconnue. Aussitôt que je pourrai écrire, je vous ferai savoir de mes nouvelles, aussitôt. Je vous demande maintenant un petit service, aidé en pain selon que vous pourrez ma tante, sa fille et Maurice. Nous vous rendrons tout ça un jour. Le jour que je rentrerai de nouveau chez nous. Je vous remercie encore une fois. Si cela ne vous dérange pas dites un bonjour de nous à Mme Cochet et sa famille, ainsi que les autres gens de notre rue. Je vous remercie encore une fois de tous ceux que vous pourrez faire pour ma tante, sa fille et mon petit frère. Je salue très cordialement votre famille en attendant de vous remerciez tout ça de près.

Charles "

La "destination inconnue" était Auschwitz. Aucun d'entre eux ne reviendra. Le petit frère, Maurice, sera arrêté deux ans plus tard et déporté à son tour, sans retour.



Et puis, plus largement, il y eut les protestations de la presse clandestine de la résistance : tu trouveras, dans ce site, des exemples de ces journaux distribués la nuit, dans les boites aux lettres dans la page.
En voici un qui proteste contre les arrestations d'enfants (article "Au secours !") et les rafles contre les Juifs (article "A Paris, les Boches pourchassent enfants, vieillards et malades juifs")


Mais ce qu'il ne faut pas oublier, c'est qu'on était pas libre de protester.

Le régime de Vichy, dirigé par Pétain, est une dictature. Dans le nord de la France, il y aussi la présence de l'armée allemande et de la Gestapo.
Protester, c'est courir le risque de l'arrestation et de la déportation.
La Milice française traque les résistants.
La Milice française traque les résistants.

La protestation des jeunes "zazous"

Pour finir, je voudrais évoquer la protestation de jeunes excentriques qu'on appelait les "zazous". Ils avaient une musique qui était jugée provocante pour l'époque, le "swing" issu du jazz,  et donnaient l'impression de  se moquer de tout. En 1942, quand le port de l'étoile jaune a été rendu obligatoire, des jeunes zazous se sont fabriqué des étoiles jaunes en carton en écrivant "zazou" ou "swing" pour se moquer de cette loi absurde et protester. D'autres avaient mis "auvergnat" ou "Goï" (nom donné aux non-Juifs) ou une croix chrétienne pour manifester leur dégoût des discriminations racistes.
Certains furent arrêtés et conduit au camp de Drancy où l'on enfermait les Juifs avant de les déporter. Mais les "zazous" furent, eux, relâchés au bout de 15 jours.
On a retrouvé les dossiers de police et les étoiles confisquées. Les voici :

Etoiles fabriquées par des jeunes protestataires
Même la presse de la collaboration se sentit obligée de faire allusion à ces protestations : 
L'Argus Soissonnais évoque la solidarité des non-juifs.
L'Argus Soissonnais, 5 juin 1942

Un autre exemple :

Une liste de françaises non-juives (appelées ici "aryennes") arrêtées pour avoir porté une étoile jaune, en solidarité avec les Juifs persécutés;

Une liste de françaises non-juives (appelées ici "aryennes") arrêtées pour avoir porté une étoile jaune, en solidarité avec les Juifs persécutés.




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