Les Kapos

« Qu'est-ce qu'un kapo ? Qui sont les kapos ? Pourquoi y avait-il des kapos. ? »
Ces questions reviennent souvent. Voici quelques éléments de réponse.

Définition

Le grand Georg, Kapo général de la werk II : une des plus belles brutes au service des S.S.,Dessin de Léon Delarbre fait à Dora, en décembre 1944.
Le grand Georg, Kapo général de la werk II : une des plus belles brutes au service des S.S.
Dessin de Léon Delarbre fait à  Dora, en décembre 1944.

Dans les camps de concentration nazis, c'était un détenu, généralement de droit commun (un criminel ou un bandit) qui était chargé de commander énergiquement les déportés, résistants ou raciaux, pour les services du camp ou pour les travaux extérieurs.
Le mot vient probablement d'un emprunt. à l'italien capo qui veut dire « chef ». D'ailleurs souvent orthographié "capo".

     Ces kapos sont évidemment privilégiés : ils échappent aux travaux forcés et peuvent se procurer plus facilement de la nourriture. Ils logent dans une chambre particulière,à l'une des extrémités de la baraque.

     On classe dans cette catégorie des "Kapos", les "Blockälteste", chefs de baraque (littéralement, "doyen du Block") qui faisaient régner l'ordre dans les baraques des camps ; et aussi, les chefs d'équipe au travail, dirigeant un commando de travailleurs.
Ils avaient leurs adjoints : le "chef de block" est secondé par le "Schreiber", un secrétaire et par l'équipe des "Stubendienste", des "hommes de peine" qui sont chargés, à l’intérieur d’un block, de la discipline, de la distribution de la soupe et des vêtements, de l’exécution des corvées, du lever et du coucher des détenus du block. Un peu moins important dans la hiérarchie du "Block", le "Friseur", le barbier qui rase les déportés et veille à l’hygiène.

Qui étaient-ils ?

Les S.S. ne pouvaient être partout et pour faire "régner l'ordre" dans le camp, ils choisissaient des déportés, le plus souvent parmi les triangles vert, les criminels, les voleurs... et leur donnaient une matraque et le pouvoir de frapper les déportés.
Il y avait des kapos à l'intérieur du camp et aussi dans les kommandos de travail.
Déportés construisant le canal Dove-Elbe. Parmi eux, avec un brassard balnc, des kapos.
Déportés du camp de Neuengamme construisant le canal Dove-Elbe, en 1941-42.
Parmi eux, avec un brassard blanc, des kapos.
Lire là-dessus le récit de la lutte des triangles verts et des triangles rouges dans le camp de Buchenwald. Dans certains camps, la résistance communiste du camp parvint à occuper des postes de kapo, dans d'autres, non.

Comment se comportaient-ils ?

Un kapo frappe un déporté, au camp de Natzweiler-Struthoff. Dessin de Rudolph Haess
Un kapo frappe un déporté, au camp de Natzweiler-Struthof.
Dessin de Rudolph Haess.

« Le Tigre »,

un Blockälteste de la quarantaine à Auschwitz-Birkenau


« Quand il frappait, c'était toujours avec des gants de cuir, à cause de la résonance. Je n'en ai connu qu'un qui n'ait pas été renversé du premier coup par ce colosse haut comme un arbre. Cette mésaventure le mit d'ailleurs en rage. Son prestige avait souffert. Il ne travaillait jamais sans spectateur. J'ai moi-même entendu parler d'un kapo vert du camp central qui, pour expliquer une nouvelle prise à un collègue, appela un Juif qui passait par là par hasard et démontra sur lui la manière de tuer un homme d'un seul coup. L'expérience réussit. Personne n'y prêta attention. »
Max Mannheimer,
cité par Hermann Langbein,
Hommes et femmes à Auschwitz
, Fayard, 1975

Karl, kapo de Neuengamme,

   « Karl, le chef du block 13, n'a pas son pareil pour abattre d'un coup de poing un retardataire. Il adore discourir et s'enivre d'alcool de pomme de terre qu'il se procure dans des conditions restées inconnues. Il a des yeux de fou et nous réveille la nuit pour prononcer de longs discours dans une attitude théâtrale, debout sur une table. Il ordonne à des interprètes de traduire d'abord en russe, car il apprend cette langue ; ensuite, il va se coucher, mais exige que nous restions pour écouter la traduction dans les autres langues, qui doit être faite à mi-voix pour ne pas troubler son sommeil. Il estime que le français est une langue dégénérée et souvent ne fait pas traduire dans la langue de Descartes ses leçons de morale et de propreté. Il semble ainsi nous punir.
     Karl a un sens très personnel de l'humour. Une nuit, après une alerte, il nous annonce qu'il a pris la décision de ne plus se servir de sa cravache pour nous battre. Devant nous alignés, il la jette dans le feu et se fait apporter par les Stubendiest souriants, une énorme matraque. Se précipitant alors dans les rangs affolés, il assomme une demi-douzaine de malheureux, dont un vieux colonel français qui s'était assis derrière nous pour dormir. »
Louis Maury,
Quand la haine élève ses temples,
Louviers, SNEP, 1950

Pouvait-on être kapo sans tuer des gens ?

Là dessus, on peut écouter le témoignage de Serge Smulevic, ancien déporté d'Auschwitz. C'est une conversation avec lui que j'ai enregistrée à la fin du mois de juillet 2005.
Cliquez sur l'image pour télécharger cette discussion au format mp3 (durée : 3'14'', taille du fichier 2,9 Mo) : Ecouter le son
Cela ne signifie pas que Serge Smulevic n'ait pas rencontré de kapos inhumains.
Il évoque ainsi le kapo du "Kabelkommando" chargé de la pose des câbles souterrains dans l'usine de la Buna, à Auschwitz III :

Le kapo du Kabelkommando

   « Ce capo était certainement le plus terrible de Monowitz et il avait quelques morts sur la conscience.
     Il était néerlandais et s'appelait JUP. Il mesurait près de 2 m. et c'était un rouquin. Toujours le sourire aux lèvres, mais un drôle de sourire, vicieux ou sadique pourrait-on dire. Donc le sourire aux lèvres et la matraque à la main avec laquelle il aimait tant frapper les déportés. Il était déjà depuis un long moment à Monowitz, lorsque je suis arrivé. Il était le Capo du "Kabelcommando" le commando du câble. Le commando le plus craint. Les déportés devaient installer ces câbles  sous terre. Des câbles très lourds, et il y avait trois hommes sur une distance où il en aurait fallu le double. Aussi la matraque allait bon train. J'ai toujours eu très peur d'être désigné pour aller dans ce commando. Bien sûr, ça pouvait arriver. Bref ce capo était un vrai tueur, et s'il y a encore des survivants de Monowitz, ils se souviendront facilement de ce capo. Petit Paul s'en souvient bien.
     Après la libération il a été rapidement exécuté par des déportés qui avaient été ses victimes. Il y avait près de 200 déportés dans son commando. Voilà tout ce que je peux te dire, mais je pense que c'est suffisant pour situer  le personnage, que les SS aimaient bien, et pour cause.
»
Serge Smulevic,
par e-mail, août 2005

Que sont devenus les kapos après la libération des camps ?

      Les kapos qui n'avaient rien à se reprocher furent libérés. Ils durent parfois faire appel au témoignage des autres déportés. Beaucoup de déportés gardèrent de bonnes relations après la guerre avec ces kapos qui parfois leur sauvèrent la vie.

      Par contre, les kapos qui s'étaient rendus coupables de coups, de tortures et d'assassinats furent poursuivis. Ceux qui tombèrent aux mains des déportés furent parfois tabassés, voire exécutés sommairement dans quelques cas. D'autres furent remis aux autorités et jugés.
      On possède une photo de Klaus Hornig, kapo de Buchenwald, après la libération du camp :

Klaus Hornig, kapo de Buchenwal, avril 1945
Klaus Hornig, kapo de Buchenwald.
La photo a été prise entre le 20 et le 25 avril 1945, après la libération du camp.
Le kapo a un oeil au beurre noir et semble avoir été molesté.
Par provocation, quand la photographe américaine Lee Miller vient le
photographier dans sa cellule, il fait le salut hitlérien.

Ainsi, lors du procès de Bergen-Belsen (septembre-novembre 1945), certains kapos furent condamnés, d'autres acquités :

Acquittés et libérés
Condamnés, à quelle peine
  • Karl Egersdorf
  • Kapo Ignatz Schlomowicz:
  • Kapo Antoni Polanski
  • Kapo Antoni Aurdzieg : 10 ans d'emprisonnement
  • Kapo Medislaw Burgraf : 5 ans d'emprisonnement
  • Kapo Vladislaw Ostrowski : 15 ans d'emprisonnement
  • Kapo Stanislawa Starotska : 10 ans d'emprisonnement

Procès d'un kapo, en 1947 :

Paul Sakowki pendant le procès du camp de Sachsenhausen, Berlin, octobre-novembre 1947
L'ancien kapo Paul Sakowki pendant le procès du camp de Sachsenhausen.
 Berlin, octobre-novembre 1947 (Photo
USHMM)

     Paul Sakowski est né à Breslau en 1920. En 1939, il était emprisonné dans le camp de Sachsenhausen. Il offrit ses services à l'administration du camp. De novembre 1939 jusqu'à mars 1941, il fut kapo et durant cette période, maltraita les prisonniers, les fouettant, leur enlevant la nourriture à laquelle ils avaient droit, jetant sur eux de l'eau froide, dehors, en plein hiver. Il prit même part à des exécutions. En décembre 1940, il devint le bourreau officieux du camp et supervisa l'exécution de 42 Soviétiques et Polonais. En septembre 1941, il travailla au crématoire et participa au massacre de 17.500 prisonniers de guerre soviétiques, supervisant le transport des corps vers la morgue et leur transfert vers les fours. Le 15 mai 1942, il prit part à l'exécution de 250 Juifs. De Septembre 1943 jusqu'à avril 1945, il fut surveillant dans l'usine Heinkel, près de rostock, et il continua là ses mauvais traitements sur des déportés. Jugé par un tribunal militaire soviétique, il fut condamné à la prison à vie et aux travaux forcés, le 1er novembre 1947 après un rapide procès.


     
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