Justin Godart, un juste, mon grand-père...

par François Bilange, petit-fils de Justin Godart
          Voici des extraits du discours prononcé au Conseil Economique et Social le 29 mars 2004, lors de la remise la médaille des "justes parmi les nations" à titre posthume à Justin Godart.

Qui était-il ?

     « Il faut un témoin vivant, m’a-t-on dit, pour te faire reconnaître « Juste »… [...] Je viens de découvrir dans un rapport de Vichy daté de juillet 1943 que tu étais vraiment un phare : « Monsieur Godart s’intéressa aux nombreux réfugiés juifs étrangers, venus directement de Hollande, de Belgique ou de la zone occupée, en zone libre. La plupart furent aiguillés sur la mairie de Pommiers, [au dessus de Villefranche sur Saône], qui, sur intervention de M. Breton, maire de cette commune et ami de M. Justin Godart en politique, aurait établi des fausses pièces d’identité et délivré des titres d’alimentation. Cette affaire a provoqué pour M. Breton, la révocation de ses fonctions de Maire. A la suite de quoi, Mr Godart s’est vanté [paroles de flics] d’être  « juif d’honneur », raison pour laquelle son appartement a été placé sous séquestre par les autorités. »
     En 1942, le 4 mars, Xavier Vallat te somme de justifier ta non appartenance à la race juive…
     A la tête de plusieurs réseaux de résistance, recherché par la Gestapo, en 1943, Pierre Cohendy, ton neveu, ici présent ce soir, résistant au F.U.J., bête noire de Touvier, a fait 70 km en vélo, de Lyon aller et retour, pour te prévenir de ton arrestation imminente par la Gestapo… C’est grâce à toi, Pierre, que Justin Godart a été maire de la libération à Lyon… Merci Pierre, courageux résistant….
     Mais je n’ai toujours pas de témoin vivant… [Le hasard] a permis que je reçoive une lettre le 8 avril 2002, qui m’a émue aux larmes : « Monsieur Bilange, François, pourrai je dire, car c’est un petit garçon que j’ai connu aux Ignones. »  J’avais dix ans… Je me souviens… Vous continuez Fernande : recherchée par la milice, Fernande Meyer, vous avez été hébergée par Grand père. Les larmes me sont montées aux yeux, Fernande, au reçu de votre lettre… Vous me parlez de la ronéo, de sa cache, de Paraf, de son gendre et de vous qui tapiez, à la machine, les articles pour un journal clandestin, probablement le « Patriote Beaujolais » ; Vous ajoutez que Grand père était en bleu de travail et lorsqu’un inconnu sonnait, il partait, une bêche sur l’épaule comme le jardinier de la maison… Quelle émotion Fernande, vous êtes dans la salle ce soir, du fond du cœur, merci… Dans votre lettre vous ajoutiez : « Je sais l’homme politique que Mr Justin Godart a été et l’aide qu’il a apporté à la cause juive… » C’est un juste retour Grand père : après avoir plaidé toute ta vie pour la condition des femmes, c’est une femme qui témoigne pour toi et fait déclancher le processus… Merci Fernande ! Grand père, adore les roses que vous lui avez envoyées ce jour…
Paraf, hébergé à Pommiers en 1943-1944 !… Il y a un autre témoignage que je viens de découvrir grâce à Mme Lavergne-Depomme, ici présente ; elle m’a permis de résoudre, enfin, l’énigme Justin Godart- Paraf - la Maison de Chabannes dans la Creuse : Paraf en 1942 visite Chabannes missionné par l’O.R.T. A la tête du centre d’accueil, il y a F. Chevrier, non juif, libre penseur, républicain ; Irène et Renée Paillassou ; Auguste et Suzanne Depomme, vos parents, Madame Lavergne. Ils enseignent aux petits juifs et non juifs en parfaite osmose. C’est Irène Paillassou qui témoigne, âgée de 94 ans : « Justin Godart en 1942 a apporté des fonds personnels à Paraf, [c’est ça ton rapport à l’argent Grand père], pour les enfants juifs cachés et en a profité pour tisser entre Lyon et la Creuse des liens entre résistants… » Irène est étonnée que Justin Godart qui a tant fait pour les juifs et la résistance, ne soit pas encore reconnu « Juste »… [...] Et cette lettre émouvante reçue, il y a huit jours d’une « colombe » de Lyon, qui témoigne pour toi : Mme Metz, enfant caché à Chabanne, se souvient de toi…
     C'est Paraf, lors de l’hommage que l’on t’a rendu au C.D.J.C., en 1957, qui dit dans un de ses discours à faire pleurer une statue : « Durant l’occupation il fut l’un des premiers confidents du Centre de Documentation Juive auquel il apporta dès sa création son plus généreux concours… » Tiens, tiens, d’après le rapport de Vichy cité plus haut : « Justin Godart est à Grenoble du 17 au 19 mars 1943 »… Le 28 avril 1943 a lieu la 1ère réunion du C.D.J.C.
 Sur le mur du Mémorial juif sont gravées dans la pierre deux phrases ; la 2ème est de toi, non signée ; « chut ! Ne dites pas que c’est de Justin Godart ! » Il me semble te l’entendre dire… : « Devant le martyr juif incline ton respect, ta piété pour tous les martyrs, chemine en pensée avec eux, le long de leur vie douloureuse, elle te conduira au plus haut sommet de justice et de vérité ». [...]
François Bilange, petit-fils de Justin Godart
29 mars 2004
 
Justin Godart
 
Le portrait de Justin Godart,
le diplôme et la médaille des Justes

à titre posthume


« Devant le martyr juif incline ton respect,
ta piété pour tous les martyrs, chemine en pensée avec eux, le long de leur vie douloureuse,
elle te conduira au plus haut sommet
de justice et de vérité.
»

Justin Godart




Voir aussi :
Quelques "Justes" en France
Les Dominicains de la Sainte-Beaume,
 le "Père des juifs"

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