Les expériences "médicales" dans les camps nazis (1)

Sylvain Lajeunesse, un collégien du CFP des Riverains, Le Gardeur (Canada) m'écrit : « Je voudrais en savoir plus sur les expériences médicales ou autres dans les camps nazis. »

Voici, pour lui répondre, quelques documents.

 

A Auschwitz, sévissait le docteur Joseph Mengele dont voici un portrait :

Photo du docteur Mengele

Joseph Mengele est né en 1911 à Günzburg, en Bavière. Il était le fils d'un riche industriel, d'une famille catholique aisée et nationaliste. Il fait des études de philosophie et de médecine, et dirige à 32 ans le laboratoire de recherches raciales de Francfort. En effet, les convictions politiques de Joseph Mengele ont fortement influencé ses travaux universitaires. A 20 ans, il adhère aux Casques d'acier, une organisation nationaliste d'anciens combattants. En 1934, c'est avec enthousiasme qu'il entre aux Sections d'assauts, les SA. Quatre ans plus tard, ce fervent nazi sollicite et obtient son entrée au NSDAP (parti nazi) puis à la SS en 1938.

Il se livre à des recherches sur les jumeaux 

Dans le même temps, en 1935, Mengele a soutenu sa thèse d'anthropologie qui porte sur 1' « examen radiomorphologique de la partie antérieure de la mâchoire inférieure dans quatre groupes raciaux ». Ses conclusions, absurdes d'un point de vue scientifique, veulent prouver la "supériorité" de l'Européen de type nordique, incarnation parfaite de la race aryenne.

Entre 1940 et 1943, Joseph Mengele sert notamment dans la Waffen SS. A la suite d'une blessure sur le front de l'Est qui le rend médicalement inapte au combat, il rentre en Allemagne Il est promu au grade de Hauptsturmfiirhrer, de capitaine, et reçoit quatre décorations.

Il arrive à Auschwitz le 30 mai 1943, avec la fonction de médecin-chef de Birkenau.

Que fait-il à Auschwitz ? 

    • Il participe aux sélections des déportés « valides au travail » à l'arrivée des convois. Il déploie ici une énergie et un zèle peu communs afin de remplir les chambres à gaz. Des témoins l'ont vu abattre lui même une mère qui refusait d'être séparée de ses enfants.
    • Il utilise les déportés pour ses expériences médicales. Il fait mettre les jumeaux dans des blocks à part (des baraques). Il les examine, les mesure, les tue pour disséquer leur cadavres. Ces expériences n'apportent rien, ne débouchent sur rien, mais il les continue, dans une sorte de délire, d'obsession. Son objectif est de faciliter la reproduction des soi-disant "êtres supérieurs que seraient les "aryens", les Allemands. Il fait une sorte de catalogue des traits physiques mais n'est aucunement un précurseur de la génétique. C'est plutôt une sorte de collectionneur d'anomalies physiques.
Photo représentant deux jumelles naines, souriantes, chez elles, après la guerre. Elisabeth et Perla Moshkowitz, deux jumelles naines, ont survécu parce que Mengele s'intéressait à elles.

Après la guerre, le "docteur" Mengele réussit à fuir et serait mort en 1979 au Brésil.

Le témoignage d'une infirmière sur le délire raciste des expériences inutiles du Docteur Mengele :

 

« Je me rappelle la petite Dagmar. Elle était née à Auschwitz en 1944 de mère autrichienne et j'avais aidé à la mettre au monde. Elle est morte après que Mengele lui eut fait des injections dans les yeux pour essayer d'en changer la couleur. La petite Dagmar devait avoir des yeux bleus !... » 

Témoignage d'Ella Lingens, infirmière polonaise déportée à Auschwitz,
cité par H. Langbein, Hommes et femmes à Auschwitz, Paris, Fayard, 1975

Après la guerre, une commission d'enquête sur les Crimes allemands en Pologne rapporte qu'il y eut d'autres expériences, tout aussi inutiles, menées par d'autres médecins nazis :

 

« Il y a des preuves irréfutables qui démontrent que certaines expériences ont été faites sur des hommes vivants. Ce sont les dépositions de plusieurs témoins et le compte rendu de la séance de la Section de chirurgie du 16 décembre 1943 qui cite notamment: 90 castrations, 10 ablations d'ovaires et une ablation de l'oviducte. Les expériences avaient lieu dans le Block 10 du camp principal. On peut les classer comme suit : expériences visant à l'examen du cancer, expériences de stérilisation, expériences hématologiques et sérologiques. Le plus souvent, des juives étaient employées à cet effet. Beaucoup d'entre elles furent à plusieurs reprises l'objet d'expériences. On constata, après quelques essais, qu'une fois opérées, les femmes n'étaient plus bonnes pour les expériences et dès lors on les expédiait directement aux chambres à gaz.

Les expériences de stérilisation au moyen de rayons étaient l'oeuvre du professeur Schumann de Berlin, lieutenant d'aviation de la Wehrmacht. Beaucoup de femmes vomissaient violemment après de telles expériences, beaucoup moururent peu après. Au bout de trois mois, chaque opérée subissait encore deux opérations de contrôle, pendant lesquelles une partie de leurs organes était incisée afin d'en vérifier l'état. C'est probablement à la suite de transformations hormonales provoquées par ces opérations que les jeunes filles vieillissaient précocement et faisaient l'impression de femmes âgées.

Quant aux hommes, un testicule seulement était soumis à l'insolation. Après cette opération, ils retournaient aux Blocks généraux et, après un repos d'une journée seulement, ils étaient remis au travail, sans qu'on tienne compte de leur état de santé. Beaucoup d'entre eux succombaient à la première expérience. Ceux qui y avaient survécu étaient au bout d'un mois castrés par le même Schumann, qui collectionnait les testicules coupés et les expédiait à Berlin. On choisissait pour ces expériences des hommes et des femmes jeunes et robustes, le plus souvent des juifs de Grèce. Au cours d'une séance, trente femmes environ étaient soumises à l'insolation. De telles séances étaient organisées par Schumann deux ou trois fois par semaine. Mais c'est le professeur

Clauberg, gynécologue allemand, qui fut le principal expérimentateur sur des êtres humains vivants. »

Les Crimes allemands en Pologne, Varsovie, 1948,
rapport de la commission générale d'enquête sur les crimes allemands en Pologne

Expérience « médicale » pratiquée sur un cobaye humain dans la camp de Dachau :
Il s'agissait de tester la résistance du corps humain à la pression atmosphérique.
(Archives du CDJC)

Tableau des expériences "pseudo-médicales" réalisées dans les camps


Auschwitz

  • Expériences de stérilisation sur des femmes par injections intra utérines
  • Expériences de stérilisation sur des hommes et des femmes au moyen de rayons X (150 expériences)
  • Etude de l'évolution du cancer de la matrice (au moins 50 victimes)
  • Expériences sur les phlegmons (au moins 30)
  • Examens de l'atrophie du foie
  • Modification dans l'organisme sous l'influence de la faim
  • Expériences sur les jumeaux (111 victimes)
  • Expériences avec de la mescaline : obtention des aveux
  • Expériences à l'aide de brûlures (16 victimes)
  • Expériences par électrochocs, sur des aliénés
  • Expériences avec le sérum sanguin, afin d'obtenir un titre d'agglutination plus élevé, mélange de sang des groupes A II et B III
  • Expériences sur la malaria
  • Fabrication de moulages en plâtre d'organes génitaux féminins prélevés sur les déportées

Buchenwald

  • Expériences de "traitement" au phénol
  • Essais de vaccins de typhus exanthématique
  • Controle du vaccin de la fièvre jaune (485 cobayes humains)
  • Immunisation avec des vaccins de Frankel (gangrène gazeuse) (15 victimes)
  • Expériences sur des hormones
  • Expériences sur la pervitine
  • Expérience sur des bombes incendiaires au caoutchouc phosphoreux (5 victimes)
  • Expériences en graznd nombre sur des vaccins ou pseudo-vaccins contre la dysenterie, l'hépatite épidémique, la tuberculose...

Dachau

  • Expériences de ponction du foie (175 victimes environ)
  • Expériences sur la malaria (1.100 cobayes humains)
  • Expériences d'absorption d'eau de mer (40 victimes)
  • Expériences de basses pressions (plus de 200 victimes)
  • Expériences sur le froid (250 victimes)
  • Expériences sur la tuberculose (114 victimes)
  • Opérations chirurgicales expérimentales inutiles
  • Essais d'alimentation
  • Emploi de la mescaline
  • Cristalisation du sang par solution

Mauthausen

  • Mêmes expériences sur les vaccins (2.000 victimes)
  • Expériences avec des poux contaminants

Natzweiler

Schirmeck

  • Expériences sur le typhus
  • Expériences sur l'ypérite et le phosgène (300 victimes)
  • Expérience avec l'urotropine
Expériences menées par les professeurs Hirt, Bickenbach et Letz, de l'Université allemande de Starsbourg, dans une section spéciale appelée "Héritage des ancêtres"

Neuengamme

  • Expériences de désintoxication de l'eau potable polluée par des substances toxiques (plus de 150 victimes)

Ravensbrück

  • Expériences sur la gangrène gazeuse (75 victimes)
  • Expériences sur la régénération des muscles, des nerfs et des os (nombre inconnu de victimes)
  • Expériences de stérilisation de femmes
  • Expériences de greffes de peau
  • Expériences mystérieuses avec une poudre blanche non identifiée
A Ravensbrück, les déportées soumises à ces expériences étaient appelées les "lapins".

Sachsenhausen

  • Expériences avec des balles de nitrate d'acotinine (6 victimes)
  • Expériences pour ralentir le rythme cardiaque
  • Expériences avec l'ypérite (gaz moutarde)
  • Expériences sur les différences sérologiques des "races" (47 victimes tziganes)
  • Expérience avec du cyanure de potassium (1 victime avérée au crématorium)
  • Expériences de vessies artificielles
  • Expériences sur les intoxications saturnines insensibles dues à l'absorption d'eau provenant des conduites de plomb
  • Expériences avec des sulfamides
  • Essais d'alimentation
  • Expériences sur la résistance au froid
  • Essais pour déterminer le degré de solidité des chaussures de la Wehrmacht

L'Ahnenerbe, une société criminelle qui organisait les «expériences médicales »

« La passion de Himmler pour les expériences scientifiques, ou plutôt « pseudo-scientifiques », spécialement dans le domaine des recherches raciales, l'avait amené à créer en 1933 la société Ahnenerbe — ou Héritage des Ancêtres —  dont le siège était installé 16, Pûcklerstrasse à Berlin-Dahlem et qui était chargée à partir de 1935 d'étudier tout ce qui avait trait à l'esprit, aux actes, aux traditions, aux caractéristiques et à l'héritage de la soi-disant race « nordique indo-germanique ». Le 1er janvier 1939, elle reçut un statut nouveau qui la chargea de recherches scientifiques, lesquelles aboutirent aux expériences dans les camps.

Le 1er janvier 1942, la société fut rattachée à l'état-major personnel de Himmler et devint un organisme S. S. Le Comité directeur comprenait Himmler, président, le Dr Wuest, recteur de l'Université de Munich, et Sievers, ancien libraire devenu colonel S. S., secrétaire de la société, qui joua un rôle très important.

C'est l'Ahnenerbe qui, sur les instructions de Himmler, provoqua, organisa et finança la plupart des expériences. L'Ahnenerbe prit un développement énorme et disposa finalement de cinquante Instituts scientifiques spécialisés. Le point de départ des expériences paraît être une demande adressée à Himmler par le Dr Sigmund Rascher »

d'après Jacques Delarue, Histoire de la Gestapo, Fayard, 1962

A la Libération, la découverte des traces des expériences, à Strasbourg

Compte-rendu du Commandant RAPHAËL, du Service Cinématographique des Armées.

« Le vendredi 1er décembre 1944, au cours d'une visite à l'Hôpital Civil de Strasbourg pour rechercher du matériel photographique provenant de l'Institut allemand, le Commandant Raphaël, du Service Cinématographique de l'Armée, a constaté la présence dans le sous-sols du bâtiment de l'Institut d'Anatomie de cadavres entassés, dans des cuves peines d'alcool.

Ces cadavres étaient destinés aux expériences du Professeur Hirth, Directeur de l'Institut.

D'après les déclarations des employés alsaciens : Peter, Wagner et Gabel, ces corps auraient été livrés à l'Institut, sur la demande du Professeur Hirth, par un camp d'internés politiques (Schirmeck ou Struthof).

Sur 120 cadavres commandés, 86 ont été livrés (dans la même journée, en plusieurs fois) à 5h du matin.

Les corps étaient transportés nus, à raison de 50 par camion.

Lors de leur déchargement, les témoins ont pu constater que les cadavres présentaient les caractéristiques suivantes : Ils étaient encore tièdes et ne présentaient pas la raideur cadavérique. Leurs yeux étaient congestionnés et rouges. Ils portaient un matricule tatoué sur le bras. Ils comprenaient 30 femmes de tous âges.

D'autre part, il est à signaler qu'il a été trouvé dans le laboratoire du Professeur une bombe puissante à oxygène liquide (10kgs) destinée à provoquer la destruction de toute l'installation, et à faire disparaître ainsi toute trace compromettante. L'Avance rapide de l'armée Leclerc a empêché la réalisation de ce projet. Toutefois, le Professeur Hirth a réussi à s'enfuir, mais une partie de ses assistants sont restés sur place.

Les personnes dont les noms suivent sont à même de fournir tous détails complémentaires sur cette affaire et de servir de témoins :

1- Eléments alsaciens ayant dénoncé les agissements du Professeur et continuant leur service à l'Hôpital Civil : Pater, Wagner, Gabel.

2 - Eléments allemands (internés ou surveillés) : Mlle Seepe, secrétaire du Professeur Hirth ; M. et Mme Bong, assistants du Professeur.

Mr Bong devait être fusillé, et n'a pas été exécuté, afin de servir de témoin. Il est interné.

En résumé : Le nombre de cadavres, la manière anormale dont ces corps ont été amenés à l'hôpital, les précautions prises pour pouvoir faire disparaître toutes traces de ces installations, enfin, les déclarations des employés attachés à ce service, prouvent que le Professeur Hirth était un triste personnage dont l'activité est à mettre en lumière.

Il semble qu'on se trouve en face d'une manifestation de la barbarie allemande.

Fait à Paris, le 10 décembre 1944.

Opération à Monowitz
Dessin de Serge Smulevic, réalisé en 1945 après sa libération :
Opération à Auschwitz III - Monowitz



Voir aussi ce qu'en écrit Raoul Hilberg : les expériences médicales (2)

 

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