Dominique Natanson vient de publier " J’enseigne
avec l’Internet, la Shoah et les crimes nazis "
(CRDP Bretagne).
Dans son introduction, l’auteur
développe sa
conception des rapports entre l’histoire de la Shoah et
l’éducation :
" Peut-on enseigner la Shoah ? Peut-on enseigner l’indicible
? Au seuil
de cette brochure destinée à proposer des
démarches pédagogiques et des pistes de
ressources
documentaires présentes sur l’Internet, je
voudrais tout
d’abord, inciter à la modestie, inviter le lecteur
à
mesurer la distance qui nous sépare des camps nazis.
Nous les avons étudiés, nous avons lu quelques
récits, nous avons travaillé la question, nous
nous
sommes même crus autorisés à
intégrer la
Shoah dans un cours structuré, avec des tenants et des
aboutissants, avec des allégements et des simplifications
didactiques... Et pourtant, nous ne comprenons rien aux camps nazis.
[…]
Et si c’était justement ces
deux aspects
qu’il fallait transmettre par l’école : à
la fois, la
connaissance précise du génocide, des
mécanismes du meurtre
de masse, et, en même temps, cette brûlure,
cette
indicible meurtrissure de tout être humain
confronté
à la Shoah ? S’il fallait communiquer cela, aux
jeunes qui sont
en face de nous, pour les aider à se construire, comme
être humain, comme citoyen, pour leur apprendre à
repérer les " nouveaux bourreaux "
, à identifier la gangrène profonde
d’une
société : le racisme, l’exclusion, le
fascisme,
l’exploitation".
Dominique Natanson propose une douzaine
de
scénarios permettant d’impliquer les
élèves
dans une démarche active d’histoire et de
mémoire :
explorer les ressources documentaires dans le cadre d’un
projet de
recherche (" Le nazisme et les violations des droits de
l’homme "),
croiser deux ou plusieurs disciplines ( " l’art et
les camps ", " la culture yiddish "), préparer un voyage du
souvenir
et en rendre compte, utiliser la correspondance électronique
pour
recueillir un témoignage à distance (exemple des
"
enfants
cachés "), construire une séquence
d’ECJS autour des
notions
de génocide, de crime de guerre, de crime contre
l’humanité…
Cet excellent ouvrage prolonge
l’activité de
notre
collègue, petit-fils de déporté, dans
le cadre du
site
" Mémoire juive
et
Education ", site que nous avons eu l’occasion de
mentionner. Il
permet
également de vérifier l’importance du
travail
déjà
accompli par l’ensemble de ceux qui
s’intéressent à
l’histoire
de la Shoah : les adresses web occupent trente pages au
total,
dont
six pour les différents camps. Ce constat devrait rassurer
ceux
de
nos collègues qui voudraient continuer d’assimiler
Internet
à
l’expression des négationnistes.
Deux regrets personnels, indépendants
de cet
ouvrage :
- L’écart considérable entre cet
investissement - la
qualité des débats qu’il suscite - et
le temps
réel disponible, en classe de troisième ou de
terminale
(bientôt de première).
- L’absence de volonté de
mise en réseau
de
ces multiples initiatives francophones. Le noyau central des auteurs
est
aisément identifiable ; leur sociologie et leurs motivations
pourraient
aussi être étudiées.
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