
En hiver, les
déportés
portaient en plus
ce mince
manteau
rayé.
Ici, celui
porté
par un déporté témoins de
Jéhovah
(triangle violet) à Buchenwald
Sur la signification des triangles, voir
la
page
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Les
moyens de combattre le
froid
(Témoignage
de
Serge Smulevic)
« Il n'y avait qu'un seul moyen de lutter
contre le froid, c'était de trouver un sac de ciment vide,
et
d'y faire trois trous
(pour la tête et les bras) et de le mettre sous la veste.
Ça
protégeait du froid et surtout du vent, très
violent en
Haute-Silésie.
Mais
c'était strictement interdit et
il ne fallait pas se faire attraper avec un sac de ciment sous la
veste. Mais il y avait aussi beaucoup de
déportés
qui réussissaient à
se procurer des pull-over, en faisant du troc, et ça, ce
n'était pas
interdit. »
Serge
Smulevic, juillet
2005, par e-mail
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Immense tas de
chaussures du
"Canada", à Auschwitz
Trouver
des chaussures,
à tout prix ?
«
J'avais une
paire de
chaussures en bois.
Ce jour-là, ils ont décidé de nous
enlever les
poux. C'était une
journée chaude, nous étions debout sous le
soleil,
complètement nues.
Je me suis dit à moi-même : "Si tu veux
retourner
travailler demain,
et si tu ne trouves pas une paire de chaussures, tu ne pourras pas
aller travailler demain, tu ne réussiras pas à
survivre."
Une femme
était très occupée à
épouiller ses
vêtements. Elle avait une paire de
chaussures à côté d'elle.
J'étais
très courageuse, j'ai enlevé mes
chaussures en bois, j'ai mis ses chaussures et je suis partie. Ces
chaussures m'ont permis de tenir jusqu'au moment où je suis
tombée
malade. J'ai volé les chaussures ? Non, j'ai
échangé les chaussures.
J'essayais de me donner bonne conscience. Je n'étais pas
vraiment
partie avec ses chaussures - elle avait une paire de chaussures.
»
Témoignage
d'Hanna
F., juive polonaise, Auschwitz
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Selon Primo
Lévi, dans Si c’est un homme,
de bonnes chaussures sont la deuxième condition de la survie
dans les
camps, après la capacité à comprendre
les ordres
vociférés en Allemand.
A Ebensee, kommando de
Mauthausen
«
La couche de neige atteignait 1,50 mètre de haut. Les
détenus travaillaient douze heures d'affilée dans
des
vêtements totalement inadéquats. Ils portaient des
socques
en bois à empeigne de toile, auxquels la neige
adhérait
à chaque pas, de sorte que la marche devenait presque
impossible. Ces chaussures inappropriées devenaient une
torture
permanente pour ceux qui les portaient. Le bois se fendait de plus en
plus profondément jusqu'à ne plus être
retenu que
par son empeigne de toile. Lorsque les socques tombaient
complètement en pièces, les détenus
devaient
marcher pieds nus. Il en découlait souvent des
abcès et
des infections. »
Evelyn
Le Chêne, Mauthausen
ou la
comptabilité de l'horreur, Paris, Belfond, 1974.
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Tenue
d'un
déporté qui travaillait dans le tunnel de Dora (1944) (photo prise par le
photographe nazi Walter Frentz)
On
remarque :
1
: D'abord, une
bizarrerie : un bonnet,
probablement un de ces bonnets que portaient les prisonniers de guerre
anglais.
Ce
n'est évidemment pas le
calot réglementaire. Il devrait être
en toile
rayée comme le reste de la tenue.
Selon Serge Smulevic, « Jamais
au grand jamais un déporté [à
Auschwitz] n'aurait
osé
franchir le portail de sortie (ou d'entrée) d'un camp avec
un
bonnet
pareil sur la tête. Il se serait pris 25 coups de nerf de
boeuf
avec
facilité. »
Voici, sur une autre photo prise
à Dora, le
calot habituel des
déportés :
2
: une veste
rayée
3
: un triangle rouge,
suivi du matricule, sur une bande blanche cousue sur la veste et
au-dessus de cette bande blanche du matricule, un autre triangle rouge,
plus grand, avec la lettre F
(Ce déporté est un politique français)
4
: le triangle et le
matricule sont répétés sur la
jambe du pantalon rayé, sur une bande blanche cousue
5
: on distingue une
ficelle qui serre dans le bas la jambe du pantalon
rayé.
Voici comment Serge Smulevic, ancien déporté
d'Auschwitz,
explique cette ficelle :
« En fait ce truc
ça transformait
notre pantalon
en coffre-fort. Comme on n'avait pas de poches, on cachait dans notre
pantalon tout ce qu'on ne voulait pas qu'on nous vole, comme du pain,
des pommes de terre, tout ce qu'on voulait soustraire à la
convoitise
des autres et on nouait simplement le bas du pantalon pour que cela
ne s'échappe pas. » .
6
: des sabots en
bois, dans lesquelles le déporté a
entortillé un tissu en guise de chaussettes.
Témoignage de Serge Smulevic :
« Ceux qui
mettaient des morceaux de
linge dans
leurs godasses c'est qu'on leur avait volé leurs chaussettes
et
qu'ils
ne voulaient pas s'écorcher les pieds. »
Souliers,
chaussures à semelles de bois, sabots et galoches
Il arrivait que les déportés aient de
véritables chaussures aux pieds. « Organiser
» une
bonne paire de chaussures (c'est-à-dire se
débrouiller
pour s'en procurer une) était parfois indispensable pour
survivre. A
Auschwitz, les chaussures n'étaient pas rares à
cause de
la présence
d'un abondant " Canada"
alimenté en
chaussures par l'extermination des arrivants.
Dans d'autres camps, on portait parfois des galoches ou claquettes dont
la
semelle seule était
en bois et le dessus en cuir ou en un tissu, qui finissait par se
déchirer.
Certains déportés évoquent des
"galoches" à
semelle de bois. Ainsi Rudolf Vrba :
« Ensuite,
vinrent les
vêtements, les tenues zébrées. Une
veste, un
pantalon, un couvre-chef déformé et des galoches.
C'était bien sûr humiliant, mais moins que
d'être nu
et je les enfilai avec soulagement. » Rudolf
Vrba
évoque aussi le port de ces chaussures par les femmes
slovaques
qu'il croise à Auschwitz : « Leurs galoches soulevaient la
poussière autour d'elles. Elles se traînaient vers
nous,
en haillons, têtes rasées, par-ci
par-là
quelques-unes avaient encore un reste de fierté et portaient
de
maigres fichus. »
Rudolf
Vrba, Je me suis
évadé d'Auschwitz,
Ramsay, 1988

Diverses chaussures à semelle de bois, portées
dans les
camps, Musée du Struthof
(Photo
:
David Servenay/RFI)
Le déporté Marcel Couradeau raconte sur son
arrivée à Oranienburg :
« La
distribution [de la tenue
à l'arrivée au camp] se termine avec une paire de
galoche en toile kaki et à semelle de bois
toujours sans considération de
taille, ce qui contraint à des échanges.
Plus loin, décrivant la journée d'un
déporté, le même évoque
l'appel :
« Tous les
projecteurs sont
allumés ; l'escadron des Blockführer S.S. est au
complet.
Un silence pesant succède au martellement des claquettes et
des
souliers sur le sol. »
Amicale
d'Oranienburg-Sachsenhausen, Sachso, Terre Humaine,
Plon-Editions de Minuit, 1982
Et cet autre témoignage :
« On nous fait
rentrer dans
cette salle, on nous donne une chemise, un caleçon, une
paire de
claquettes à semelle de bois avec une lanière ;
nous les
garderons tout notre temps de déportation.
On
sort, on rejoint la place d’appel. Nous
nous retrouvons tous, mais on se sent seul car personne ne nous
reconnaît, on a changé, on est devenu des
monstres, un
regard… on part en quarantaine. »
Pierre
Laidet,
Matricule 62 636 (Mauthausen, Melk, Ebensee)
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