L'art, les ghettos, la déportation et les camps

Pour répondre aux demandes sur l'art et les camps, voici quelques oeuvres réalisées à propos des camps, souvent par des témoins directs.
Sommaire de la page
Prémonitions
La persécution des Juifs, vue par Felix Nussbaum
Le ghetto
Malvina Schalkova à Theresienstadt
La déportation
Les camps : Zoran Music à Dachau
Les camps : Ravensbrück
Les dessins d'enfants dans les camps
Leo Haas et les dessins cachés de Theresienstadt
Walter Spitzer : sauvé par le dessin
Léon Delarbre : Auschwitz, Buchenwald, Dora, Bergen-Belsen
 David Olère, artiste et témoin de l'extermination à Auschwitz
Serge Smulevic : des dessins en 1945, pour témoigner
Miklos Bokor, un art qui prend de la distance et qui pousse à une réflexion sur l'homme et sur les camps

Prémonitions

Des oeuvres d'avant la guerre montrent que les artistes sont déjà très inquiets sur le respect de l'homme. Ainsi, ce tableau de Karl Hofer qui date de 1933, année des premiers camps en Allemagne :

Karl Hofer, Prisonniers, 1933. Huile sur toile, 155 x 127 cm. Cologne, galerie Baukunst.

Petite explication, en réponse à Raphaël (octobre 2011)
En fait, nous y voyons quelque chose de plus que ce que voyaient les gens qui regardaient ce tableau en 1933.
En 1933, c'est seulement de l'inquiétude, une sorte de prémonition* : Hitler vient d'arriver au pouvoir, les arrestations se multiplient, les premiers camps pour opposants politiques viennent d'ouvrir, mais ils ne savent pas encore jusqu’où ça ira... Karl Hofer lui-même ne le sait pas même s'il devine que l'être humain va être maltraité.

Nous, par contre, nous savons : nous voyons autre chose : nous avons dans la tête ces photos de déportés décharnés, crâne rasé, maigres... qui sortiront des camps (pour ceux qui en sortiront) et donc, cette image des survivants des camps se superpose dans notre tête au tableau. Nous voyons toujours un tableau par rapport à ce que nous sommes, par rapport à notre culture, à nos connaissances, aux images qui se sont déjà formées en nous...

* Vocabulaire : Une prémonition désigne le sentiment de savoir ce qui va arriver dans le futur. Une prémonition peut être une conviction que quelque chose va arriver dans le futur, juste ou non. Il peut également s'agir d'une prédiction construite par une déduction plus ou moins consciente.

La persécution des Juifs, vue par Felix Nussbaum


Felix Nussbaum, Autoportrait avec passeport juif, 1943
Felix Nussbaum est né en 1904 à Osnabrück et  mourut en 1944 à Auschwitz. Il participa à l'exposition des artistes libres de novembre 1938, à Paris, en y exposant des aquarelles. Réfugié en Belgique (d'où le mot juif en deux langues sur son passeport), il fut arrêté le 10 mai 1940 par le police belge et interné au camp de Saint-Cyprien. Pendant son séjour en camp, il ne dessine que des ébauches, mais après s'être évadé, il retourne à Bruxelles où il peint. A la fin de la guerre, il fut arrêté par la Gestapo à Bruxelles, le 20 juin 1944, transporté à Auschwitz et assassiné. Son épouse, l'artiste Felka Platek (?-1944), fut arrêtée en même temps que lui et subit le même sort.

Une des dernières oeuvres du peintre :
Felix Nussbaum, Les squelettes jouent pour la danse, 1944

Le ghetto

Roman Kramsztyk, un artiste qui fréquenta le Café Sienna du Ghetto, où il rencontra Janus Korczak et le pianiste Wladyslaw Szpilman, fit beaucoup de croquis dans le ghetto, dont une bonne partie a été perdue, avant d'être déporté et de mourir en 1942. Il y croque la misère et la dignité des habitants du ghetto de Varsovie.

Roman Kramsztyk, Vieux juif avec enfants, vers 1941.
Scène de ghetto, 1933
Julius C. Turner, Scène de ghetto, 1933

Malvina Schalkova à Theresienstadt

Theresienstadt (Terezin) fut un camp-ghetto, un "camp vitrine" visité par la Croix Rouge. Des personnalités juives y furent déportés. Les conditions de vie étaient difficiles, mais n'avaient rien à voir avec les camps. (Voir la page consacrée à Theresienstadt)
 
Internée à Theresienstadt, Malvina Schalkova réalisa des centaines de peintures. Au moment de cet autoportrait, elle était âgée de  49 ans. Elle fut alors déportée vers Auschwitz où elle fut assassinée.
Cette oeuvre décrit une femme et un enfant,
mangeant leur maigre ration,
dans l'espace étroit de vie qu'ils devaient partager avec d'autres.
Le lit de l'artiste à Theresienstadt.
La corvée de pluches de pommes de terre
Femmes au travail dans le camp.
Aquarelle montrant trois déportées, épuisées par la malnutrition, demeurant dans cet espace sordide et surpeuplé.
Vieille femme portant une cape d'infirmière, fusain.
La toilette, aquarelle
(voir explication ci-dessous)
ATTENTION :
     Pour comprendre ces aquarelles, il faut se souvenir qu'à l'époque où Malvina Shalkova séjourne à Theresienstadt, le camp n'a pas grand-chose à voir avec un camp de concentration ordinaire. Il faut aussi voir dans le caractère très classique de ces aquarelles, un désir de l'artiste de demeurer dans la vie d'autrefois, d'évoquer ces séances de pose habituelles pour les artistes. L'artiste met en scène la différence entre la pose classique de la baigneuse et le caractère sordide du lieu où elle est enfermée.
     Les conditions de vie se dégraderont ensuite à Terezin (Theresienstadt) : surpeuplement, alimentation... et la plus grande partie de ces "déportés privilégiés" seront ensuite déportés vers Auschwitz et assassinés. Ce fut finalement le sort de Malvina Schalkova. Qu'il soit ici rendu hommage à ses derniers travaux.
Vieil homme se reposant, aquarelle.
(voir explication ci-dessus)

La déportation

Avec Julius C. Turner, nous retrouvons une évocation qui tient  du témoignage :
Julius Turner, Déportation, 1942
Julius Turner, Déportation, 1942
On sait peu de choses sur Julius C Turner. Le "C" représente son vrai nom de famille "Cohn". Il adopta "Turner" comme pseudonyme parce qu'il était sportif, membre d'une organisation de gymnastes juifs de Berlin. Il est né le 20 août 1881, en Allemagne. Il fut portraitiste, graphiste, graveur et peintre. En 1927, il épousa Aline Hoeche réfugiée en Allemagne et il se réfugièrent en 1936 sur la côte belge où ils vécurent sous le nom de "Collin". J'ai deux versions pour son décès. Pour les uns, il fut arrêté, déporté et mourut dans les camps. Selon d'autres sources, il est mort  le 27 décembre 1948.

Les camps : Zoran Music à Dachau

C'est entre 1970 et 1975 que le peintre et graveur Zoran Music revient sur le camp de Dachau où il a séjourné de 1943 à 1945. Il grave et peint alors une série intitulée "Nous ne sommes pas les derniers" dont voici des exemples :
"Camarades, je suis le dernier",
avait crié un détenu,
pendu avant la libération
du camp d'Auschwitz
"Nous ne sommes pas les derniers"
lui répond Zoran Music en 1970.
Zoran Music, gravures et peintures de la série « Nous ne sommes pas les derniers. », 1970

La tête y exprime la douleur ou l'horreur de la chose vue et vécue. Mais il ne s'agit pas d'une oeuvre "illustrative" comme il s'en explique dans l'interview qui suit.

Interview de ZORAN MUSIC

Extraits des propos recueillis par Vanessa DELOUYA 

Le texte complet se trouve sur le site des Etats-Généraux de la Psychanalyse : http://www.etatsgeneraux-psychanalyse.net/archives/texte50.html et http://www.psychanalyse.refer.org/call971/texte50.html

Zoran Music, témoin d'un événement insoutenable: - Dachau, que pouvez-vous en dire aujourd'hui, à 85 ans?

L'énormité des camps et ce qui s'y déroulait n'est pas mesurable. L'insoutenable, je l'ai vécu, il m'est apparu bénéfique ultérieurement. Avec du recul, il me semble que cet accident date d'un siècle, tout comme d'hier. En fait, c'est le caractère omniprésent d'un événement qui finit par être positif, nous incitant à une réflexion active.
Vous avez dit: « Ce ne sont pas les yeux qui travaillent mais ce qu'on porte en soi. Il faudrait pouvoir travailler les yeux fermés. »
L'image rendue serait plus authentique sans le recours des yeux, la mémoire y suffirait. On s'encombre souvent de superflu, de détails.
Pensez-vous que sans chercher à l'être, tout art est commémoratif ?
Certainement. On ne raconte que soi-même et rien d'autre. L'art illustratif ne me touche pas à cause de sa superficialité.
Transfigurer le désastre en lui donnant une dimension métaphysique, là est votre force. En êtes-vous conscient ?
Cette dimension et cette force dont vous parlez, je les espère mais ne les contrôle pas. Trop de conscience conduit à un système. Je me méfie des formulations rhétoriques. Ma préoccupation première est d'éviter l'illustration. Ce qui importe, dans la création, c'est d'où elle revient, par quoi elle a été traversée.
Comment échapper au thème récurrent qui nous obsède ?
Pourquoi y échapper ! L'obsession peut présager un aspect positif, tel un trésor vers lequel on revient pour s'y plonger.
En 1972, vous revenez à la thématique des chantiers des camps avec une série intitulée: « Nous ne sommes pas les derniers. » Qu'entendez-vous par ce titre ?
Dans les camps de Dachau, entre nous, nous formulions une conviction : « Jamais plus une chose pareille ne se répétera. » Vingt cinq ans plus tard, aujourd'hui même, l'histoire et l'actualité démentent notre souhait. D'où le titre de cette série.
Klimt, Schiele, Goya, Gréco, Bacon, Giacometti, vous ont touché. Qu'en est-il de Primo Lévi, Paul Celan, Georges Perec ?
Si j'étais écrivain, je ne me serais pas attardé sur des illustrations mais sur des souffrances intérieures, invisibles. L'illustration sous toutes ses formes me gêne, elle est fatalement superficielle. Dans une toile, ce qui importe, c'est la lumière rendue ; dans un livre, ce que l'on retient, c'est l'émotion véhiculée par les personnages : la narration n'est que broderie. Paul Celan, par sa concision et sa pudeur m'est plus proche.
Qu'est-ce qui est tapi derrière le tableau ?
Ces interrogations concernent le regardant, pas le peintre. L'Artiste doit exprimer sa vérité, faire un avec elle. Il voudrait être dans la toile et la toile dans lui. Ne plus savoir où il commence, où elle finit. Le tableau n'est pas créé intentionnellement : l'artiste le porte sur tout un parcours et le transmet dans un second temps.

Zoran Music

Zoran Music est né à Gorizia, en Dalmatie (alors Empire d'Autriche-Hongrie, aujourd'hui Croatie), en 1909 . Il a fait ses études à l'Ecole des Beaux-Arts de Zagreb, puis a voyagé en Italie, en Espagne, à Paris. Il effectue des copies des tableaux de Goya et du Greco, au Musée du Prado.
Accusé d'appartenir à la Résistance, il est arrêté à Venise en 1943 et déporté à Dachau, où il réalise, au risque de sa vie, une centaine de dessins décrivant ce qu'il voit : les scènes de  pendaison, les fours crématoires, les cadavres empilés par dizaines, c'est-à-dire l'indescriptible.
Après des séjours à Venise et en Suisse, il s'installe à Paris en 1952. Il peint alors des toiles presque abstraites inspirées de paysages et de scènes de sa région natale, la Dakllmatie, dans une gamme de couleurs brunes, ocres et orangées.
Zoran Music, Motifs dalmates, 1959
Les souvenirs de déportation resurgissent avec la série Nous ne sommes pas les derniers (1970-1975). Il continue son oeuvre et il est exposé un peu partout en Europe au cours de la décennie 1990.
Bibliographie : Zoran Music, Music : l'oeuvre graphique. Paris, 1998

Les camps : Ravensbrück

Voici un dessin d'un témoin, sur ce camp de femmes :

France Audoul, Le kommando tragique, camp de Ravensbrück, 1944-1945.

Les dessins d'enfants dans les camps

Dans leurs dessins, les enfants dessinent crûment ce qu'ils voient. A Theresienstadt, "camp modèle" où certaines familles pouvaient continuer d'être ensemble (dans l'attente de la déportation finale vers Auschwitz), la possibilité de dessiner existait :
Dessin d'un jeune enfant, Josef Novak, interné à Theresienstadt
Le 22 février 1942, Alfred Weisskopf, âgé de 10 ans, fut déporté de Prague vers Theresienstadt.
Là, il fit ce dessin.
Il fut plus tard, envoyé à Auschwitz où il fut assassiné en décembre 1944.

Leo Haas et les dessins cachés de Theresienstadt

Les dessins de Leo Haas ont connu un destin exceptionnel : l'artiste les a dessinés puis cachés. Le bruit en est revenu aux oreilles des nazis qui torturèrent Haas et ses amis, avec lesquels il tenait une chronique secrète du camp. Personne ne parla. Leo Haas survécut à la déportation et revint à Theresin (Theresienstadt) en 1945, après la Libération. Il retrouva ses dessins, intacts, dans la cachette.

Leo Haas, Thérésine, 1943
« Mes moyens étaient trop limités, et mon papier trop faible pour accepter tout ce que je voyais et tout ce que j'éprouvais.»
Leo Haas
     Leo Haas est né en 1901 à Troppau. Il fut dessinateur de presse à Vienne à partir de 1925. De 1939 à 1945, il fut interné successivement dans les camps de concentration de Theresienstadt, Auschwitz, Sachsenhausen et Mauthausen. Il dessine surtout à Theresienstadt : avec des lignes torturées, un expressionnisme grotesque, il capture la misère des hommes attendant la mort.
     Après la guerre, il contribua comme caricaturiste à la presse communiste de Prague (Rudé Pravo), puis, à partir de 1955, de R.D.A. Il a ainsi produit des dessins contre la guerre américaine du Vietnam. Professeur en 1966. Il est mort à Berlin en 1983.

Walter Spitzer : sauvé par le dessin

Walter Spitzer est né en Pologne, à Cieszyn, à la frontière de la Tchécoslovaquie. Enfermé dans un ghetto, puis déporté (Gross-Rosen, Auschwitz II - Monowitz, Buchenwald), il est sauvé par une décision de la résistance intérieure du camp. Il s'engage à témoigner par son talent de dessinateur, de ce qu'il a vu dans les camps.. Il participe aux marches de la mort, avant de découvrir l'Allemagne vaincue, en compagnie des soldats américains. Il s'installe à Paris après la guerre et produit une série de dessins sur les camps dès 1945. Il illustre ensuite les oeuvres de Malraux, Sartre, Montherlant, Kessel et Kazantzákis. C'est aussi l'auteur du monument du Vél' d'hiv", place de Grenelle.
Il a publié Sauvé par le dessin, Buchenwald, préface d'Elie Wiesel, Editions Favre, 2004.
Buchenwald, la corvée de brique, 1945.
Buchenwald, la corvée de brique, 1945.

Léon Delarbre : Auschwitz, Buchenwald, Dora, Bergen-Belsen

    Des croquis clandestins

    Comme Leo Haas, Léon Delarbre dessine dans les camps et parvient à sauvegarder secrètement, puis à transporter avec lui pendant les marches de la mort, ses dessins-témoignages.
Misère, Dora, février 1945
Misère, Dora, février 1945
On repère la fragilité du papier, découpé à la va-vite.

    Il se procure un crayon et du papier pour dessiner des secrétaires du camp, des kapos... En cela, il travaille comme Serge Smulevic.
Mais il prend un risque inouï : dessiner pour témoigner, sur place. Il récupère du papier comme il peut : quelques feuilles soustraites à son travail de portraits "officiels", une vieille enveloppe qui traînait et, dans l'usine, des papiers arrachés à l'isolant d'amiante qui entoure les tuyaux pour éviter le gel.
    Il est conscient que le risque, dans le climat de secret mis en place par les nazis, est terrible : il serait immédiatement pendu si l'on venait à surprendre son travail. Ses camarades le mettent en garde, pourtant, il continue et accumule des dessins. Longtemps, il les cache dans un meuble du tunnel de Dora mais un matin, en arrivant à son poste de travail, il s'aperçoit que le meuble a disparu ; sans autorisation, il quitte son travail et se met à la recherche du meuble, dans le tunnel. Il le retrouve dans une galerie exposée : des camarades font le guet pendant qu'il desserre les planches qui cachent les précieux dessins.
    En 1945, après sa libération par les Britanniques, il ramène ses dessins à Paris et, dès le moment de l'accueil à l'hôtel Lutetia, les présente à son ami le peintre Jean Bersier. Celui-ci les confie à l'éditeur Michel de Romilly qui les publie  en 1945, avec un grand souci de respect de l'oeuvre, y compris dans sa dimension de papier incertain.
Léon Delarbre, autoportrait à l'hôtel Lutetia, 29 avril 1945
Léon Delarbre
, autoportrait à l'hôtel Lutetia, 29 avril 1945.

    Qui était Léon Delarbre ?

    Léon Delarbre est né dans le Haut-Rhin en 1889. Il a été élève à l'école des Arts Décoratifs de Paris. Son père meurt durant la guerre 1914-1918. Lui-même  est mobilisé de 1914 à 1919 comme infirmier sur le front.
    Il est peintre et occupe l'emploi de conservateur du Musée des Beaux-Arts de la ville de Belfort. Il parvient à mettre à l'abri les oeuvres importantes du musée, en 1940, mais surtout entre dans la Résistance. La "Société des Amis du Musée" devient un prétexte commode pour des réunions et el coffre-fort du musée abrite les fonds destinés aux maquis.
    Le 3 janvier 1944, il est arrêté par la Gestapo, au cours d'une réunion, avec 12 autres résistants. Après des séjours à la caserne Friederich de Belfort et le camp de Compiègne, il est déporté le 27 avril 1944 vers Auschwitz : quatre jours, trois nuits... Il portera le numéro 185.409 tatoué sur le bras.
    Le 12 mai 1944, il est envoyé à Buchenwald, puis à Dora. Le 5 avril 1945, il est évacué de Dora vers Bergen-Belsen où il est libéré par les Britanniques. Fin avril 1945, il est à Paris, à l'hôtel Lutetia.
    Il est mort en 1974.

Des dessins pour témoigner


Le commando sur la place d'appel avant le départ pour le tunnel, Dora, janvier 1945.
Le commando sur la place d'appel avant le départ pour le tunnel,
Dora, janvier 1945.
On emporte un camarade qui s'est écroulé pendant l'appel, Dora, décembre 1944.
On emporte un camarade qui s'est écroulé pendant l'appel,
Dora, décembre 1944.
Le camion quotidien de cadavres venant du commando d'Elrich est déchargé près du crématoire, Dora, mars 1945.
Le camion quotidien de cadavres venant du commando d'Elrich est déchargé près du crématoire,
Dora, mars 1945.
Le crématoire, le lendemain du bombardement, Buchenwald, 25 août 1944.
Le crématoire, le lendemain du bombardement,
Buchenwald, 25 août 1944.
Le transport de Dora à Bergen-Belsen : cinq jours et quatre nuits dans la pluie et le froid. Nous étions cent par wagon, sans toit, sans nourriture, sans eau et presque sans vêtements, Avril 1945.
Le transport de Dora à Bergen-Belsen : cinq jours et quatre nuits dans la pluie et le froid. Nous étions cent par wagon, sans toit, sans nourriture, sans eau et presque sans vêtements, Avril 1945.
Sur le bord de la route : un camarade mort pendant le trajet de la gare au camp, Bergen-Belsen, avril 1945.
Sur le bord de la route : un camarade mort pendant le trajet de la gare au camp,
Bergen-Belsen, avril 1945.

David Olère, artiste et témoin de l'extermination à Auschwitz

Les dessins de David Olère constituent un témoignage exceptionnel. L'artiste fut, en effet, membre du Sonderkommando chargé de brûler les cadavres au sortir de la chambre à gaz. Ses dessins constituent un témoignage essentiel, vérifié par le plan des lieux.


David Olère : dessin-témoignage du Sonderkommando
David Olère : dessin-témoignage du Sonderkommando


David Olère, Départ au travail, 1946

Mais l'artiste, après la guerre, fit des toiles où l'interprétation se faisait plus forte, plus stylisée, tout en restant proche du vécu de l'artiste, comme dans ces toiles :

David Olère, Arrivée d'un convoi et charrette transportant des cadavres retirés d'un précédent convoi, après 1945.


David Olère, Inaptes au travail, sans date.


David Olère, Gazage, sans date, après 1945.


David Olère, Leurs derniers pas, après 1945.


  David Olère est né à Varsovie, le 19 janvier 1902. Il est juif. Dès 1918, à l'âge de 16 ans, il expose des gravures sur bois à Dantzig et à Berlin. Il est employé, en 1921, par l'Europäische Film Allianz, comme peintre, sculpteur et décorateur. En 1923, il arrive à Paris où il travaille, toujours dans le cinéma, en particulier pour Paramount. Il se marie en 1930 et a un fils. En 1937, il déménage à Noisy-le-grand, dans la banlieue parisienne.
     Il est arrêté par le police française, le 20 février 1943, interné à Drancy, puis déporté vers Auschwitz le 2 mars, dans le convoi n°49. Il est sélectionné pour le travail et commence par être terrassier. Puis, il est désigné pour faire partie du Sonderkommando, au Crématoire III de Birkenau où il transporte et brûle les corps au sortir de la chambre à gaz. En 1945, il survit à la "Marche de la Mort" et est envoyé à Buchenwald, puis au camp de Melk, puis à Ebensee où il est libéré par l'armée américaine.
     Il meurt à Paris, le 21 août 1985, assez désespéré par la montée du négationnisme.

Serge Smulevic : des dessins de 1945, pour témoigner


Serge Smulevic, déporté à Auschwitz III, dessine dans les camps pour survivre. il fait des portraits de kapos, de civils allemands de l'usine de la Buna et cela l'aide à survivre. Tous ces dessins se sont perdus.

     Au retour, en 1945, il produit une série de dessins-témoignages, puissants, sur du papier de couleur.
Serge Smulevic, quelques semaines après sa libération, en 1945.
Serge Smulevic, quelques semaines après sa libération, en 1945.










      Plus tard, il produira des caricatures acerbes, pendant le procès Papon.

Voir l'ensemble des dessins de Serge Smulevic ou  lire sa biographie.

Isaac Celnikier : de l'orphelinat de Janus Korczak aux camps et à la peinture

     Isaac Celnikier est né en 1923 dans une famille juive de Varsovie.
     Il est confié de 1934 à 1938 à l’orphelinat du Docteur Korczak qui encourage son talent artistique. En novembre 1939, il se réfugie à Bialystok avec sa mère et sa sœur. Il « travaille » à l’atelier de copies de grands maîtres de la peinture pour les Allemands.

     Déporté en 1943, il subit les camps de Stutthof, d'Auschwitz-Birkenau et de d'Auschwitz-Monowitz.

     Puis, au moment de l'avance des Soviétiques, les transports de la mort le conduisent aux camps de Sachsenhausen et de Flossenburg.
     En avril 1945, lors d’un bombardement américain, un Allemand lui tire une balle dans la jambe. Il se réfugie dans un camion d’agonisants. Trois jours plus tard, les Américains le trouvent vivant parmi les cadavres…
     Sa captivité continue au camp soviétique de Sumperk d’où il s’évade pour se réfugier à Prague.
     De 1946 à 1952, il suit les cours d’Emile Filla, l’un des principaux représentants du cubisme tchèque. C’est dans cet espace de liberté que commence son œuvre avec « Et vous dites que Dieu est absent ! » ou L’homme à l’étoile.
Photo de l'artiste dans son atelier
     Il s’installe en France en 1957. Il n’a jamais cessé de peindre et de témoigner sur la Shoah en employant toutes les techniques et en particulier la gravure. Son travail ne raconte pas seulement l’extermination des Juifs d’Europe par les Allemands nazis : le thème du nu, le portrait, la nature morte et le paysage sont des genres qu’il pratique aussi abondamment dès les années cinquante.

Birkenau, fragment
Birkenau, fragment
Birkenau, fragments
     À l’occasion du 60e anniversaire de la libération d’Auschwitz Birkenau, en 2005, le Musée National de Cracovie, en collaboration avec l’Institut français à Cracovie, lui consacre une rétrospective avec 320 oeuvres.

Miklos Bokor, un art qui prend de la distance et qui pousse à une réflexion sur l'homme et sur les camps

Miklos Bokor est un artiste d’origine hongroise installé en France.
Arrêté à 17 ans en 1944 à Budapest, il fut déporté à Auschwitz où la plupart des membres de sa famille furent gazés, avant d’être transféré à Buchenwald et de camp en camp avant d’être libéré en 1945 à Theresienstadt.

Il a présenté, en octobre 2000, ses fresques peintes sur les murs de l’église de Maraden, près du village de Martel (Lot), qu’il a acquise quelques années auparavant. Bokor a fait restaurer la nef romane de l’église, rétabli la voûte et renforcé les murs avant de peindre ses fresques qui couvrent les quatre murs de l’édifice jusqu’au niveau de la corniche. L’ensemble dégage une impression de simplicité dans l’utilisation des couleurs et de violence dans le mouvement avec des foules compactes, de nombreuses silhouettes. Bokor a appelé son œuvre «La Spirale de l’Histoire» en construisant une énorme scène aux accents macabres, probablement en s’inspirant des événements tragiques qui le frappèrent durant la Seconde Guerre Mondiale.

Son oeuvre se situe entre abstraction et figuration. Son travail est  un hymne à l’homme ou à la mémoire.

tableau de Miklos Bokor
Miklos Bokor, Paysage nocturne, éboulis, 1987.
Miklos Bokor, Paysage nocturne, éboulis, 1987.

Un lien vers une analyse de l'oeuvre de Miklos Bokor : http://www.revue-conference.com/html2/carraud.html#ANCRE


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